Vœux de la municipalité
Le discours du Maire
Bonjour à toutes et tous !
Nous voici donc réunis pour la traditionnelle cérémonie des vœux. Celle-ci revêt un caractère un peu particulier, puisque c’est la dernière de notre mandature et l’usage veut que j’en fasse donc le bilan.
Mais rassurez-vous, je ne vais pas vous faire un inventaire exhaustif qui risquerait d’être ennuyeux. Je vais plutôt vous raconter une histoire, une histoire que nous avons essayée, pendant 6 ans, d’écrire avec vous.
C’est l’histoire d’une petite île qui veut grandir, mais pas trop ;
C’est l’histoire d’une petite île qui veut vivre sa vie, mais toute l’année ;
C’est l’histoire d’une petite île qui veut préserver l’avenir de ses enfants, mais dans un monde respirable.
Notre histoire commence pourtant bien mal : en 2020, nous sommes en pleine pandémie. Un mot inconnu quelques mois auparavant est sur toutes les lèvres : le Covid, puis la Covid. On parle de confinement, de gestes barrières, de distanciation sociale, de masques, d‘abord inutiles, puis obligatoires, on signe ses propres autorisations de sortie et on rêve d’un hypothétique vaccin. Drôle d’ambiance ! Il a fallu organiser des campagnes de dépistages, puis, dès que cela a été possible, de vaccinations. On en fera 800 entre 2021 et 2023. Merci aux infirmières et à toutes celles et ceux qui ont aidé.
Il a fallu prendre soin plus particulièrement de nos anciens, les plus fragiles. Il a fallu rester vigilants, mais sans inquiéter. Il a fallu rester attentifs et efficaces.
Je pense que nous avons été à la hauteur d’une situation inédite, dont on ne connaissait pas grand-chose. En tout cas, ça nous a mis dans le bain !
Mais en même temps, il a fallu retrousser nos manches pour nous mettre au travail, avec trois objectifs. Trois objectifs qui peuvent se décliner comme autant de têtes de chapitres de notre histoire : une île vivante, une île nature, une île ouverte. Et derrière chacun de ces mots, il y a eu des actes.
Une île vivante
Premier chapitre : une île vivante, mais vivante toute l’année. Pour cela il faut des logements, à l’année et accessibles.
C’est pourquoi nous avons fait des logements communaux dans le bâtiment de la poste entièrement rénové et réaménagé.
C’est pourquoi notre nouveau PLU, qui sera validé le mois prochain, intègre des dispositions qui favorisent l’implantation de résidences principales.
C’est pourquoi également nous continuons à travailler sur de nouveaux logements aux Vignes. Un projet qui a pris du retard en raison de difficultés imprévues, et d’un équilibre économique difficile à trouver. Mais nous ne renonçons pas et l’ouvrage est toujours sur le métier.
Mais le logement n’est pas tout. Il faut aussi les équipements indispensables pour une vie à l’année, et pour toutes les générations.
Ainsi pour les tout-petits, nous avons créé une Maison d’Assistante Maternelle, une MAM.
Pour les plus grands, nous avons lancé la construction d’une nouvelle école qui sera prête la rentrée prochaine et devrait accueillir 18 élèves. Pour mémoire, en 2020, ils étaient six. Aujourd’hui c’est trois fois plus.
Et pour toutes les générations nous avons créé un cabinet médical. Désormais, on peut venir consulter un médecin sur l’Ile d’Arz !
Des logements, une MAM, une nouvelle école et un cabinet médical, c’est du concret ! Mais c’est insuffisant si on n’y ajoute pas des services. Pour les plus anciens nous avons largement développé l’aide au maintien à domicile, le portage des repas. Pour éviter ou reculer le plus possible le départ en EHPAD. Car l’EHPAD, pour un insulaire, c’est la double peine : c’est quitter sa maison, et aussi quitter son île.
Pour tous, nous avons mis en place la permanence d’une assistante sociale et de TY infos Services avec GMVA.
Qui dit service dit aussi transport. Aussi, avec GMVA également, a été mise en place une ligne du bus qui dessert chaque bateau, tous les jours de l’année. Un service perfectible certes, mais indispensable. Il faudra en 2026 être extrêmement vigilants pour conserver notre ligne 30 de Kiceo.
Avec la région nous avons procédé à un réaménagement de port de Béluré pour le sécuriser, et nous travaillons étroitement ensemble pour un réaménagement complet, une refonte totale du port qui a été l’objet d’une réflexion commune, ici, avec vous. A suivre donc…
Pour vivre à l’année sur l’île, il faut aussi pouvoir y travailler. C’est pourquoi nous avons également été attentif à son développement économique en soutenant l’installation d’un paysan-boulanger, d’une brasseuse et d’une pâtissière.
Mais à l’île d’Arz, on le sait bien, il n’y a pas que la vie sur terre. Il y a aussi la vie sur mer. La municipalité a pris en charge la gestion des mouillages, a mené à bien la mutualisation de leur entretien, le passage en mouillage à moindre impact (nous avons été précurseurs dans ce domaine). Nous avons également mené à bien le renouvellement de l’AOT et mis en place, l’été, un service de rade. Ce ne fut pas un mince travail, mais ce travail a été fait.
Enfin, vivre à l’Ile d’Arz toute l’année, c’est aussi affronter la mauvaise saison avec son lot de bateaux annulés, avec ses tempêtes. Je n’en citerai qu’une : Céline, le 28 octobre 2023. Tout le monde ici s’en souvient. Se souvient du camping tout juste rénové et entièrement inondé. Ce camping fait lui aussi partie de la vie de l’île. C’est un équipement précieux qui permet à des gens aux revenus modestes de profiter du bord de mer, et accessoirement c’est une source de revenus pour la commune. Nous devions donc le remettre en état et le réorganiser sans mobil-homes et sans caravanes à l’année. Une cinquantaine ont été évacués vers le continent… C’est un nouveau départ pour les Tamaris !
Pour terminer ce chapitre « Ile vivante », quelques chiffres de l’INSEE viennent de tomber et confortent notre démarche. Au le 1er janvier 2026 la population municipale est de 321 habitants. Elle continue donc à augmenter. Entre 2017 et 2023, nous avons enregistré 96 habitants supplémentaires. Je vous le disais : une île vivante ! J’arrête là pour ce premier chapitre.
Une île nature
Deuxième chapitre de notre histoire : une île nature. Ou comment protéger l’île et composer avec le réchauffement climatique. Là encore, derrière les mots, il y a eu des actes.
La révision du PLU. Énorme travail qui n’était pas vraiment prévu au programme, mais c’était obligatoire pour qu’il soit compatible avec les autres documents d’urbanisme. Nous avons veillé à ne pas étendre l’enveloppe urbaine, nous favorisons une densification raisonnable, préservons les trames naturelles, les paysages et le patrimoine.
Nous avons procédé à l’inventaire des zones humides, cela aussi était obligatoire. Une zone humide est inconstructible, et nous avons choisi d’être au plus près de la réalité. Notre démarche a été exemplaire.
En étroite collaboration avec GMVA et le PNR nous nous sommes impliqués dans le travail sur le recul du trait de côte et des risques du submersion. Bureau d’études, comité de pilotage, visites sur le terrain, ateliers participatifs et réunion publique : nous avons pris largement notre part dans ce travail sans fin qui nous montre que, n’en déplaise aux sceptiques, l’ile ne cessera de se rapetisser. Dans quelques décennies, elle sera un archipel. Alors il faut maintenant commencer à s’y préparer, à faire avec !
C’est dans ce cadre et cette perspective que nous avons planté des centaines et des centaines d’arbres (merci aux bénévoles). Pour lutter contre le réchauffement, ralentir de recul du trait de côte, favoriser la biodiversité.
Enfin il y a toutes ces petites actions qui, mises bout à bout, finissent par faire beaucoup : réduction de l’éclairage public pour lutter contre la pollution lumineuse, renaturation des sols (le chemin de Penera par exemple est maintenant effectivement un chemin), recyclage des déchets verts sur l’île, mise en place de composteurs de quartier, pose de panneaux solaires à la poste, au camping et de panneaux photovoltaïques en auto consommation sur le bâtiment des services techniques au Douero.
Nous avons aussi proposé aux Iledarais, via l’AIP, des récupérateurs d’eau de pluie, nous avons procédé à la rénovation énergétique des Vignes et de la salle du Gourail, nous avons renvoyé sur le continent des épaves de bateaux (130 !) et de voitures.
Les voitures justement. Pour préserver l’environnement et notre cadre de vie insulaire nous avons décidé, appuyés par une consultation citoyenne, de réguler la circulation automobile sur l’île, comme l’on déjà fait la plupart des îles du Ponant. Parallèlement, et toujours pour limiter les voitures particulières, nous mettons en place dans quelques jours un service d’autopartage : chacun le sait aujourd’hui, il n’est plus nécessaire d’être propriétaire d’un véhicule pour en avoir l’usage. Avec la ligne de bus, ce service doit permettre de limiter le nombre de voitures individuelles. Ainsi nous préservons notre qualité de vie, et pensons à l’île de demain, celle de nos enfants.
Une île ouverte
D’une « île nature », passons au troisième chapitre de notre histoire : une île ouverte , c’est-à-dire avec une activité culturelle à la fois exigeante et accessible à tous. Car la culture est tout, sauf un luxe. C’est ce qui permet de s’ouvrir, de se construire, de grandir. C’est la liberté.
Et là encore, derrière les mots, il y a eu des actes.
Nous avons su faire venir à l’Ile d’Arz deux artistes connus et reconnus dans le monde entier : Daniel Buren et Tadashi Kawamata. Ils ont conçu des œuvres spécialement pour notre île. Elles ont donné lieu à deux expositions d’envergure et ont permis de découvrir deux artistes et de découvrir ou redécouvrir une île.
Ces deux expositions ont été accompagnées d’un important travail de médiation. Il a permis, notamment à de nombreux jeunes, venus parfois de très loin, de s’initier à l’art contemporain dans un cadre unique.
Et la culture c’est aussi le patrimoine. Nous avons mis en place des visites guidées et commentées du Moulin de Berno, une proposition couplée avec notre beau musée Marins et Capitaines qui fêtait cette année ses dix ans.
Mais ce n’est pas tout : cinéma, avec le Ciné du Dimanche, le Mois du Doc et des échanges passionnés avec les réalisateurs, et, l’été, le cinéma de plein air, toujours un beau moment de partage populaire.
Je n’oublie pas la musique, les musiques plutôt : de la musique classique avec les Musicales du Golfe, jusqu’à la musique électro avec l’Echonova.
Littérature aussi, avec notre Festival de Lecture et de toujours belles rencontres avec les écrivains invités qui partagent leurs œuvres et leur façon de travailler. Avec notre médiathèque, un service municipal mais tenu exclusivement par des bénévoles qui savent si bien partager leur passion pour la lecture.
La culture c’est aussi les grands rassemblements qui sont de belles occasions de partager avec le plus grand nombre ce qui fait ce que nous sommes. Il y a eu deux éditions de la Semaines du Golfe, et surtout le festival des Insulaires en septembre dernier. Il fut une totale réussite, et d’après beaucoup (et je ne parle pas des Iledarais), la plus belle des éditions de ce rendez-vous annuel sur les Iles du Ponant. Merci aux associations qui ont rendu ces évènements possibles, mais j’y reviendrai.
Il est également important, et indispensable de communiquer. Nous avons intégralement refait et modernisé le site internet de la mairie. Et nous avons lancé Le Petit Courrier de l’Ile d’Arz qui fait maintenant partie du paysage ! Le numéro 1 est sorti en aout 2020, un mois après notre installation en mairie. Le numéro 61 sortira dans quelques jours. Pendant 6 ans, mois après mois, nous sommes restés, vous êtes restés fidèles à ce rendez-vous. Pour partager avec vous notre travail, nos réussites, nos difficultés, et ainsi rester à votre écoute.
Rigueur et ambition
Vous voyez, vos élus n’ont pas chômé pendant 6 ans. Volonté politique, travail acharné, sens de l’intérêt général. Mais la meilleure des bonnes volontés ne peut rien si elle n’est pas accompagnée d’une gestion financière à la fois rigoureuse, et ambitieuse. C’est elle qui a permis et permet de mener à bien nos projets.
Il faut d’abord partir à la chasse aux subventions et, surtout, les obtenir. En 6 ans, plus de soixante dossiers ont été déposés. Tous ont reçu un avis favorable. Ce qui nous a permis de réaliser les rénovations (bâtiment de la poste, camping, Gourail, logements communaux), la réfection des voieries, la construction de la nouvelle école, etc. etc…Bref, ce qui nous a permis d’agir.
Et aujourd’hui, grâce à ce travail rigoureux, la qualité comptable de la commune est bonne. Pour autant les finances sont serrées dans un contexte national qui se dégrade et continuera malheureusement à se dégrader.
Au mois de février, nous voterons le dernier budget prévisionnel du mandat. Sans grande surprise, il sera principalement consacré à la fin de la réalisation des travaux de l’école. Mille mercis aux élus et aux agents qui se sont investis dans ce travail difficile, avec compétence.
Remerciements
Merci également à GMVA, au département, à la région et à l’Association des Iles du Ponant pour leur écoute et leur aide. Avec eux, petit à petit, la « spécificité insulaire » prend du sens et les projets peuvent se concrétiser. Mais la route est encore longue et difficile.
Je tiens aussi à saluer et remercier le PNR, le Parc Naturel Régional. Il nous a accompagné (entre autres) dans la révision du PLU et dans le renouvellement de l’AOT des mouillages. Il gère également notre petite et si belle voisine, qui fait partie de la commune : l’ile d’Ilur. Véritable vitrine du développement durable, 20 000 personnes la visitent chaque année. Le PNR entretient et valorise son village et organise des chantiers de restauration collective pour lesquels beaucoup d’Iledarais se mobilisent. Je les remercie.
Je dois maintenant également remercier les associations.
Sans elles, il n’y aurait pas eu de Semaine du Golfe sur l’Ile d’Arz, et le Festival des Insulaires, avec quelques 150 bénévoles, n’aurait pu se tenir.
Mais il n’y a pas que les grands évènements. Il y a toutes ces actions au fil de l’année. Je ne vais pas prendre le risque de les citer de peur d’en oublier. Je dirais simplement que sans les associations et sans l’indispensable lien qu’elles facilitent et entretiennent, notre politique culturelle et sociale ne serait pas complète. Associations et municipalité, nous sommes complémentaires et nous avons su travailler en bonne intelligence. Merci à vous toutes. Très sincèrement.
Et puis un grand merci aux agents de la mairie. L’équipe a été très largement renouvelée pendant notre mandature et, à chaque fois que cela a été possible, nous avons privilégié le recrutement d’iledaraises ou d’iledarais. Alors je vais toutes et tous les citer : Gaëlle, Martine, Nolven, Cécile, Véronique et maintenant Charlène. Et aux services techniques : Fabien, Christophe et Laetitia. Ils ont remplacé Eric, Michel, Jean-Yves et Didier partis à la retraite.
Une équipe de choc qui, je vous le garantis, a parfois la vie dure. Les élus ne sont parfois pas faciles à gérer, tout comme certains administrés d’ailleurs…
Enfin, évidemment, un immense merci aux élus.
Merci à vous Nadège, Géraldine, Fabienne, Nicole et Myriam.
Merci à vous Philippe, Stéphane, Daniel, Michel et Clément.
Avec des personnalités différentes, des talents complémentaires, un sens partagé de l’intérêt général, nous avons réussi à former une véritable équipe qui a su tenir 6 ans. Une équipe qui parfois a eu ses moments de doute, de tension, a pu commettre des maladresses ou des erreurs. Une équipe aussi qui a dû apprendre à vivre avec la violence, l’agressivité et la désinformation charriées par les réseaux sociaux. Mais qu’importe : une équipe qui a su agir, mais sans démagogie et pour le bien de tous ; qui a eu le courage de « faire ». Oui, ce courage, parfois, il a fallu l’avoir, et nous l’avons eu.
Mais 6 ans, c’est court au regard de la lenteur des démarches et de la complexité des procédures administratives. Ces 6 années nous ont néanmoins permis d’écrire une histoire. L’histoire d’une petite île qui veut grandir, mais pas trop ; d’une petite île qui veut vivre sa vie, mais toute l’année ; d’une petite île qui veut préserver l’avenir de ses enfants, mais dans un monde respirable.
A suivre…
Mais bien sûr cette histoire ne s’arrête pas là. De nouveaux chapitres sont à écrire : comme les nouveaux logements, le réaménagement de la mairie rendu possible par le départ de l’école, ou la rénovation de la salle du Gourail. Ce sera de la responsabilité de l’équipe qui nous succèdera et à qui je vais me permettre, très humblement, de donner simplement deux conseils.
Le premier : ne sacrifiez jamais l’avenir pour le présent.
Le second, qui ressemble sans doute à un lieu commun, mais qui est tellement important : n’oubliez pas que l’intérêt général prévaut toujours sur l’intérêt particulier.
Je vous remercie de votre attention et vous souhaite, avec toute l’équipe municipale, une bonne année 2026 !
Jean Loiseau